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Clint Eastwood / Sierra Torride (Two mules for sister Sara) / Pale rider

Posted by on 31 mai 2017

CLINT EASTWOOD (31-5-1930)

 

Lassé de la série RAWHIDE et des conditions de travail que lui imposaient au début des années 60 les producteurs de la chaîne CBS, Clint Eastwood a eu l’audace en 1964 d’aller tourner en Europe un western au ton sarcastique, pour seulement 15 000 dollars. Comme d’autres stars qui ont l’idée géniale de tenter l’aventure européenne (plus tard Charles Bronson, Lee Van Cleef aussi), Clint accède du jour au lendemain, à la célébrité internationale : c’est Pour une poignée de dollars, en 1964…

Dessin de Didgiv

Depuis, avec une oeuvre dense et originale, que ce soit devant ou derrière la caméra, toujours efficace, il est devenu, avec Kevin Costner, le représentant emblématique d’un genre qu’on croyait, à une certaine époque, moribond. John Ford lui-même, ne déclarait-il pas, dans les années 60, « Le western est mort » ?

Sierra Torride

Clint Eastwood (dessin de Didgiv)

A la sortie de Pour une poignée de dollars, les critiques américains flinguent le film, accusé de « salir » le genre, alors que lui et Leone sont en train de le renouveler, sinon lui donner un nouveau souffle, à la sauce italo-espagnole : peut-on compter le nombre de productions, certes inégales, qui ont suivi, dans les années 60 et 70 ? La plupart avec un déferlement de violence, pour attirer dans les salles des spectateurs de plus en plus scotchés devant leur petit écran.

dessin de Didgiv

Dès la fin des années 70, les effets spéciaux l’emportent et le western ne peut rivaliser avec les scènes spectaculaires des films d’anticipation et d’action comme RAMBO ou ALIEN, ou avec les polars urbains dont vont raffoler les spectateurs, comme LE JUSTICIER DANS LA VILLE


Né à San Francisco en 1930, Clint Eastwood décroche d’abord des petits rôles à l’Universal, on le voit dans deux petits westerns en 1956 : La corde est prête (Star in the dust) (1956) et La V.R.P. De Choc (c’est son premier rôle parlant), puis un second rôle dans Le cri de guerre des Apaches…  Après quoi il va donc incarner de 1959 à 1965 le personnage de Rowdy Yates dans les 217 épisodes de la série à succès Rawhide dont il réalise au passage quelques épisodes, faisant l’apprentissage de la réalisation.

Son allure sympathique et souriante, son charisme, son flegme et sa sveltesse emportent l’adhésion… surtout auprès des femmes !

Dessin de Didgiv (avec motifs cherokee au fond)

C’est alors qu’il accepte donc de tourner donc en Espagne en 1964 Pour une poignée de dollars dirigé par un Italien, Sergio Leone. Pari risqué mais gagné : succès planétaire.

dessin de Didgiv

Avec ce western-spaghetti, il impose la nonchalante et silhouette rigide du pistoléro aux yeux plissés et mâchant son cigarillo, habillé d’un poncho et d’un sombrero. Personnage plongé dans un univers violent, qui ressemble à la fois aux jeux du cirque modernes et à une bande dessinée au vitriol.

Un personnage qu’il a contribué à créer, intervenant sans cesse pendant le tournage aussi bien sur les costumes que les répliques ; et dans sa bouche, les répliques font systématiquement mouche !

La désormais fameuse « dollars trilogy » (trilogie des dollars) sera complétée par Et pour quelques dollars de plus, en 1965 et Le bon, la brute et le truand en 1966. Brelan d’as gagnant !
De retour aux Etats-Unis, Eastwood crée sa propre maison de production, Malpaso, et entame une collaboration fructueuse avec le cinéaste Don Siegel. Il apparait dans une série de westerns singuliers, dont certains directement influencés par le genre « spaghetti », il rompt avec le classicisme des westerns des années 50 et ouvre une nouvelle voie au western américain.

Dans le très bon Pendez-Les Haut Et Court (1968), de Ted Post, le premier western qu’il produit, il se venge d’une troupe de cowboys qui l’avaient lynché et laissé pour mort…

Dans La Kermesse De l’Ouest de Joshua Logan (1969), il fait équipe avec Lee Marvin et tombe amoureux de Jean Seberg ; clin d’oeil à ses westerns spaghetti, son personnage n’a pas de nom, Marvin le surnomme « Part’naire », mais le film est un échec; dans Sierra torride (1970), c’est un mercenaire dans le Mexique de la Révolution, qui sauve une bonne sœur, en réalité une fille de joie ; dans Les proies, un soldat nordiste blessé recueilli dans un pensionnat sudiste pour jeunes filles, un thriller psychologique lors de la guerre de Sécession.

Avec Joe Kidd (1972), de John Sturges, où il campe un « étranger » sorti de prison qui se retrouve au milieu d’un conflit éleveurs/fermier d’origine mexicaine. Et il décide de passer derrière la caméra pour UN FRISSON DANS LA NUIT puis L’Homme des Hautes Plaines (1973) et Josey Wales, Hors-La-Loi (1976). Dans une période où le western s’écroule (dès 1974-75), Eastwood abandonnera, comme tant d’autres le genre -excepté avec Bronco Billy (1980) qui est une sorte de western moderne-, car il n’est plus rentable…

Pour revenir, comme acteur et réalisateur, en 1985 avec le magnifique chef d’œuvre Pale rider-Le Cavalier Solitaire.  Et  Impitoyable en 1992, il campe  un fermier alcoolique traquant deux hommes qui ont mutilé une prostituée : Oscars du meilleur film et du meilleur réalisateur et énorme succès dans les salles.

Clint Eastwood fait partie de ceux qui ont osé relancer le western dans les années 80-90, encore un pari risqué, mais qui a porté ses fruits. Rien que pour cela, il est incontestablement et définitivement le nouveau Duke du Western de la fin du XXè siècle !

Un de mes articles écrits dans la presse magazine sur Clint et une interview de lui dans Ciné Revue 1967 :

article de Didier Givannel

Box-office. En 1971, un sondage fait auprès des exploitants de salles américains plaçait John Wayne en tête du box-office et Clint Eastwood  en 2ème position. En 1972, Eastwood avait pris la place de Wayne, qui était tombé au 4ème rang. En 73, Eastwood est toujours n°1, et Wayne n’est plus qu’à la 9ème place. On peut dire que Clint a pris la place du Duke dans le western… à cette époque !

 

Joe Kidd – dessin de Didgiv

Pendez-les haut et court

tout jeune, dans un de ses premiers films et westerns : LA VRP de choc (1956)

Clint Eastwood par didgiv

avec John Wayne



♦ Avril 1965 :
Pour une poignée de dollars bat tous les records de recettes en Italie. Clint Eastwood commence à Rome le tournage de la suite, Et pour quelques dollars de plus. Cinémonde dans son numéro du 6 avril évoque dans un numéro consacré au western (avec le modèle Dorothée Blanck en cow-girl en couverture) les deux films et présente « un acteur inconnu en France, un géant de 1m98 qui rêve de faire une carrière de réalisateur à la Ernst Lubitsch« .
Rêve qui sera réalisé quelques années après le succès de la trilogie des dollars.

Les proies

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Sierra Torride/Two mules for sister Sara
Film mexicano-américain de Don Siegel (1970) ****

D’après une histoire de Budd Boetticher
Musique : Ennio Morricone

Avec Clint Eastwood (Hogan), Shirley MacLaine (Sara), Manolo Fabregas (colonel Beltran), Alberto Morin (général LeClaire). Et Armando Silvestre, John Kelly, José Chavez.

Au XIXe s., lors de l’intervention des Français au Mexique, envoyés par Napoléon pour soutenir l’empereur Maximilien, Hogan, un aventurier américain, sauve une bonne sœur, Sara, que trois bandits saoûls tentaient de violer. Elle lui dit être une résistante juariste pourchassée par les Français qui occupent la garnison dont Hogan est chargé de s’emparer du trésor qu’elle renferme. Sara est en réalité une prostituée déguisée en nonne qui fuit la répression. Elle connait bien la garnison pour avoir vendu ses charmes aux soldats et officiers français, et donne de précieux renseignements à Hogan. Ils vont à la rencontre du colonel Beltran, révolutionnaire avec qui Hogan a projeté d’attaquer la garnison…

C’est une production américano-mexicaine financée par Malpaso, la société de production que Clint Eastwood fonda à son retour aux Etats-Unis, après son expérience italo-espagnole dans le western-spaghetti. Sierra Torride ressemble d’ailleurs à ce genre de film, on peut considérer que c’est même un western-Zapata (américain), films qui se placent du côté des révolutionnaires mexicains.

Ce long-métrage insolite, qui fut un énorme succès en France, oscille entre la comédie et le film d’action, il est bourré d’humour et a un ton décalé, des dialogues subtils, et un scénario peu banal (signé Budd Boetticher) qui réserve des surprises… dont l’identité réelle de l’héroïne, pas si catholique qu’elle le parait ! Shirley MacLaine campe cette étonnante nonne qui fume en cachette le cigare, aime le whisky et emploie des termes grossiers qui étonnent l’Américain avec qui elle fait la route.


Décalé, comme tous les westerns d’Eastwood, et comme le thème musical surprenant d’Ennio Morricone, évocant le cri d’une mule et d’un serpent à sonnette, qui a été repris par Quentin Tarantino au début de son DJANGO UNCHAINED. Bel hommage au maestro !

Sierra Torride

Clint Eastwood (dessin de Didgiv)

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Pale rider (Le cavalier solitaire)
De Clint Eastwood (1985) ****

Scénario : Michael Butler, Dennis Shryak
Musique : Lennie Niehaus

Avec
Clint Eastwood : le pasteur
Michael Moriarty : Hull Barret
Carrie Snodgress : Sarah Wheeler
Chris Penn : Josh LaHood
Et Sidney Penny, Richard Kiel, Doug McGrath, John Russell, Charles Hallahan, Billy Drago, Fran Ryan, Richard Dysart

Les derniers chercheurs d’or indépendants d’une bourgade minière de Californie sont terrorisés par les hommes de Coy LaHood, qui a fondé la ville et exploite la mine, il veut expulser ceux qui ne lui appartiennent pas.
Un cavalier solitaire, pasteur, venu de nulle part, arrive dans la ville, c’est « le prédicateur ». Il est accueilli par un ennemi de LaHood, Hull Barret.
Le prédicateur va abattre les tueurs à gages à la solde de LaHood, puis ce dernier, avant de repartir…

Retour de Clint Eastwood au western -le dernier qu’il réalisa et interpréta était Josey Wales en 1976-, avec le rôle d’un prêcheur mystérieux, comme il les affectionne, tout droit inspiré du chef d’oeuvre L’Homme des vallées perdues (1953). Pas vraiment un remake comme cela a été écrit car on n’a pas le personnage de l’enfant, et les mineurs remplacent les fermiers. Eastwood campe avec talent cet être laconique, presque surréaliste, cavalier quasi-mystique qui vient dans une communauté menacée par un danger rendre justice, et une fois sa mission remplie, repart d’où il venait… on ne sait pas où. Ce personnage sans attaches se rapproche aussi de ceux qu’il campait dans les western-spaghetti de Sergio Leone.

Les sept salopards… Au milieu, John Russell.

Un western percutant, dans la lignée des grands classiques, qui valut à Eastwood une nomination à la Palme d’or du festival de Cannes 1985, et le Young Artist Award 1986 pour l’actrice Sydney Penny.
Succès énorme dans les salles : un budget de près de 7 millions de dollars pour 41,4 millions de recettes aux Etats-Unis seuls !
Pale rider redore au milieu des années 80 le blason du western, qui était devenu un genre moribond et agonisant avec la fin du western-spaghetti, à la fin des années 70, et plusieurs échecs cinglants de grosses productions américaines comme La porte du Paradis en 1980… c’est le film qui avait envoyé le western en Enfer !

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